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María José López Orellana : l’audace et l’innovation, du rêve à la réalité

  • Culture

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Maria José Lopez Orellana présente Salvoconducto au château de Lunéville lors de l’évaluation finale de son diplôme de créateur verrier, 2024

Artiste hondurienne, Maria José Lopez Orellana est vitrailliste, sculptrice et performeuse. Diplômée en enseignement des langues étrangères et en arts visuels au Honduras, son projet de fin d’année lui ouvre la voie à l’art de la performance à l’École Nationale des Beaux-Arts. Elle a participé à la XVIlème biennale de sculpture et de céramique d’Amérique-centrale et de la Caraïbe. Ensuite, elle obtient son CAP option Vitrailliste puis est diplômée au Cerfav, Créateur verrier en 2024 et Concepteur créateur en 2025. Première artiste verrière hondurienne à être formée en France, ses œuvres sont déjà exposées dans des lieux prestigieux, comme l’ambassade du Honduras à Paris.

Interview par Anne Pluymaekers, responsable du pôle Culture du Cerfav.

Anne Pluymaekers : De retour du Prix Stanislav Libensky, qu’as-tu pensé de la République tchèque ? De Prague, ville où se déroulait le Prix ?

Maria José Lopez Orellana : Là-bas, il y a véritablement une culture du verre. Du verre ou du cristal à tous les coins de rue, partout. Il y a aussi beaucoup de sculptures en verre dans les espaces publics et privés autant en extérieur qu’en intérieur. 

AP : Tu as été sélectionnée par un jury d’experts pour participer à la 16ᵉ édition du Prix Stanislav Libenský 2025. Tu as fait partie des 55 finalistes provenant de 17 pays qui ont exposé au Palais Clam-Gallas, à Prague. Tu présentais l’œuvre « Salvoconducto », pièce de diplôme de créateur verrier du Cerfav. Que t’a apporté cette nouvelle expérience ?

MJLO : C’était super intéressant. Était rassemblé un ensemble de productions actuelles émanant de jeunes artistes. Ça ouvre les horizons de voir ce que les artistes de ma génération développent. Ils ont aussi beaucoup d’audace et proposent de spectaculaires installations, bref de l’art contemporain pur et dur. J’étais fière de représenter le Cerfav et la France alors que je suis Hondurienne. J’étais la seule française 😉 d’ailleurs, je trouve ça vraiment dommage. Je pense qu’il faut toujours tenter sa chance et candidater. Beaucoup de nationalités étaient présentes, des slaves mais aussi pas mal d’artistes chinois et japonais.

AP : Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas encore « Salvoconducto », pourrais-tu nous la décrire en quelques mots ?

MJLO : Créée en 2024, Salvoconducto (sauf-conduit, en français) est une installation composée de onze modules autoportants sur lesquels sont disposés des plaques de verre. Ces plaques sont recouvertes de grisaille et gravées au laser, elles traduisent une composition photographique. Les différentes inclinaisons des plaques évoquent le mouvement et ressortissent de l’art cinétique. La technique de la chronophotographie accentue l’effet de déplacement et correspond à mon propos : la question sociétale et politique, très d’actualité, qu’est le droit à la libre circulation.

Cette installation qui mesure 200 x 75 x 75 cm est pour moi une maquette. Je rêve de lui donner une tout autre échelle. De la positionner dans l’espace public et que les personnes puissent se déplacer sous les verres pour la percevoir autrement, selon leurs déplacements et le mouvement de la lumière du jour.

Un rêve plus fou encore serait qu’elle soit mise en place aux Etats-Unis. Quel pied de nez en direction de Trump ! L’humanité s’est toujours déplacée, jamais on ne pourra la stopper !

AP : Réaliser cette installation a été un vrai défi et un sacré challenge à relever, pourrais-tu l’expliquer quelque peu ?

MJLO : Les regardeurs sont souvent impressionnés par le travail du métal réalisé pour la confection des structures. Je ne te cache pas que j’ai passé de longues heures à réfléchir et tester les différentes options techniques au sein du Glass Fablab du Cerfav. Au final, il a fallu imprimer en 3D quatre-vingt-huit pièces différentes, chacune est modélisée sur mesure afin qu’elles s’emboîtent parfaitement. 

Pour la gravure des plaques par laser, il a été également nécessaire de tester les compositions de grisailles et les différentes possibilités de réglage de la machine laser pour obtenir une gravure optimale.

AP : À l’occasion de cette exposition à Prague, tu as renouvelé ta présentation. Pourquoi ?

MJLO : Effectivement, ces derniers mois, le cheminement et la présentation de « Salvoconducto » dans plusieurs expositions m’ont amenée à trouver, à adapter ma scénographie aux lieux et à me questionner sur une valorisation efficiente de mon travail.
Au château de Lunéville, l’éclairage frontal de la pièce n’était pas optimal. Le socle blanc sur lequel l’installation était posée renvoyait un peu de lumière, mais insuffisamment.
Cela a été également le cas au MAG à Montreux et à ST-ART à Strasbourg où la pièce a été sélectionnée.

Salvoconducto au Château de Lunéville, 2024 – photo : Cerfav/Julia Schaff
Salvoconducto à St-Art, 2024 – photo : Cerfav/Julia Schaff

Fin de l’année 2024, elle a participé au Glass Art 2024 organisé par Hotshop France et a été installée à la Maison Nô directement posée au sol.

Lorsqu’elle a été retenue pour la Biennale du verre de Troyes, Jean-François Lemaire m’a donné l’occasion de la présenter différemment. Pour la première fois, elle était plongée dans l’obscurité, sur un socle en métal noir, avec une lumière réglée par un éclairagiste qui accentuait l’effet des ombres. J’étais ressortie partiellement convaincue de cette expérience.

Salvoconducto à l’exposition Glass Art 2024, Lyon – photo : Maria José Lopez Orellana
Salvoconducto à la Biennale Présence du Verre dans l’Art Contemporain à Troyes, 2025 – photo : Mathilda Malpel

Ainsi, lorsque j’ai été sélectionnée pour le Prix Libensky, j’ai étudié un nouveau dispositif afin de pouvoir m’assurer en permanence de la bonne lisibilité de l’œuvre grâce à un système de rétro-éclairage inclus dans le socle. Je suis maintenant satisfaite du résultat. L’image ressort parfaitement. De mes expérimentations, la conclusion est que les artistes se doivent d’être les régisseurs de leurs créations. On se doit de s’assurer que la pièce pourra toujours être présentée idéalement en toutes circonstances.

Salvoconducto présenté pour le Prix Libensky à Pragues, 2025 – photo : Maria José Lopez Orellana

AP : Dernièrement, j’ai découvert que Salvoconducto a été retenue et fait partie des 100 œuvres publiées dans le New Glass Review. C’est vraiment épatant !

MJLO : Lorsque tu as parlé de cette opportunité pendant ton cours, je me suis dit que je devais tenter ma chance. Et ça a marché ! Comme quoi, il faut oser ! J’ai remarqué que cela faisait quelques années que le jury de cette publication incontournable, car elle recense les pièces les plus marquantes de l’année écoulée, n’avait plus sélectionné de création française, ni de projet de diplôme du Cerfav. Je suis très honorée d’avoir été sélectionnée parmi plusieurs milliers de candidatures provenant du monde entier.
Savoir que ce projet fait partie des projets identifiés comme étant parmi les plus actuels et innovants en verre réalisés entre janvier 2024 et janvier 2025, quel honneur et quelle belle reconnaissance !

AP : Quels sont tes projets à venir ?

J’envisage de mener des projets en Allemagne et pourquoi pas aux États-Unis. J’aimerais faire des résidences d’artiste et monter des projets ambitieux de proximité. Je préfère ne pas t’en dire trop car je suis un peu superstitieuse et j’aime plutôt donner de bonnes nouvelles lorsque les projets se sont concrétisés. Actuellement, je me laisse donc le temps pour faire des choses de qualité, prendre le temps de la réflexion.


Découvrez le travail de Maria José Lopez Orellana sur Instagram @m___a______r_________u_

En savoir plus sur les formations « créateur verrier » et « concepteur créateur » sur le site du Cerfav.

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