
Le Projet Re-Source est un projet soutenu par l’État dans le cadre de l’AMI CMA Compétences et Métiers d’Avenir du Programme France 2030, opéré par la Caisse des Dépôts et porté par le Campus MoMADe. Il réunit de nombreux partenaires qui abordent le développement d’outils méthodologiques et technologiques en mutualisant moyens et expertises qui combinent des approches complémentaires. Du développement informatique à l’innovation pédagogique, en passant par l’analyse de données et les technologies XR, ce projet vise à produire des outils pédagogiques accessibles aux artisans et aux apprenants.

Du 7 au 9 avril 2026, le groupe de travail “pédagogie” s’est réuni au Cerfav autour de l’approfondissement des dispositifs et outils de transmission. Se sont réunis : l’École des Mines de Paris-PSL,, le studio Meaningful, l’École nationale des Chartes, Le Campus Mode, Métiers d’Art et Design,, le lycée du Dauphiné, le GIP Formation et Insertion professionnelles de l’académie de Nice, le GIP Paris Formations et Compétences,, l’Université Paris Nanterre, les chambres des métiers et de l’artisanat (PACA et Auvergne-Rhône Alpes), et enfin le Cerfav.
Des dispositifs d’expérimentation qui allient technologies numériques et données anthropologiques
Un travail important de synthèse a été réalisé entre tous ces acteurs pour avancer sur les dispositifs de formation à déployer au cœur de Re-Source. Plusieurs projets ont été présentés aux partenaires, montrant leurs avancées et permettant ainsi la progression des dispositifs grâce à des débats portant sur les techniques utilisées, les expériences terrain, la place des futurs utilisateurs – apprenants comme formateurs – et la variété des points de vue suivant les compétences de chacun.

L’École des Mines de Paris a notamment présenté un projet de chatbot aidant à la formation – « The Craft Pilot » – qui s’alimente sur les données corporelles des artisans recueillies à l’aide de la motion capture, et est voué à devenir de plus en plus précis à l’usage.
Un travail de vidéo élicitation – consistant à filmer un artisan en caméra subjective et à lui demander de commenter sa pratique – est venu compléter ces outils d’IA. Il a permis de dévoiler les différences de pratiques entre artisan expérimenté et apprenant et de pouvoir notamment « simuler » des pratiques erronées. Car il faut aussi enregistrer l’erreur pour la comparer avec le geste précis d’un praticien aguerri. L’agent conversationnel est directement enrichi grâce à ce type de contenus, et l’équipe de l’École des Mines a mis en avant le besoin de pouvoir aller sur des terrains variés pour développer une application réellement appropriée. La verbalisation est la condition d’un agent conversationnel pertinent.
Le déploiement de contenus générés par un LLM (large language model) soulève des questions écologiques et de protections des données et les choix réalisés par l’équipe de l’École des Mines prennent en compte cette question éthique.
Compagnonnage et documentation : une IA qui s’adapte au terrain
L’application “Faber.ai”, créée à l’initiative du Campus MoMADe a été présentée par le Studio Meaningful qui en a assuré le développement. Élaborée en dialogue avec les acteurs du projet Re-Source, elle a notamment bénéficié du retour d’expérience de Servilab, entreprise de verrerie scientifique gérée par Frédéric Demoisson . Il y a d’abord eu le constat de l’existence d’une base documentaire non numérisée et d’une prise en main peu agile pour les salariés qui ont besoin d’être guidés de façon rapide et précise à leur prise de poste. Le studio Meaningful a conçu cette application mobile qui permet de réaliser des contenus numériques didactiques structurés, qui peuvent être produits de façon automatisée grâce à l’intelligence artificielle.
Grâce à une vidéo intégrée par le formateur ou l’expert, une documentation peut être générée et accessible sur mobile. L’ambition est de produire avec l’accompagnement de l’IA des contenus pertinents t, au bon moment, au bon endroit.
La réponse est double : accompagner l’apprenant et documenter les pratiques en entreprise. ; ce qui peut être un vrai défi.

Des expériences pédagogiques médiées
L’équipe du Cerfav a présenté ses contenus pédagogiques qui utilisent des dispositifs numériques – pour la formation à distance mais aussi pour réaliser des objets avec une portée didactique efficiente.
Lors du projet européen Craeft ( https://www.craeft.eu/ ), des contenus ont été développés en format H5P grâce aux modules vidéos de Moodle . Ce format permet d’intégrer des quizz interactifs directement dans le film, reliant image et pratique. La vidéo élicitation y a également une bonne place pour la production de savoirs.
Une plateforme de e-learning sur la base de moodle a été également expérimentée dans le cadre du projet Craeft pour aider les apprentis du Cerfav lors de leurs révisions de CAP notamment – c’est l’usage principal qui a été constaté par les équipes de formation et de recherche et développement au Cerfav. Ces expériences avec Craeft ont été une inspiration pour une continuité pédagogique dans le projet Resource.

Des démonstrateurs imprimés en 3D ont également été créés pour donner à voir les techniques de la pâte de verre à la cire perdue. Un outil qu’on prend en main de façon très ludique et qui a eu un impact très positif sur la compréhension des apprenants débutants. La visualisation en 3D des étapes du moulage à la cire perdue (forme, contre forme, moule) est parfois complexe à intégrer. Ici, on peut littéralement l’avoir entre les mains, et voir le fonctionnement et l’intérieur du moule.
L’équipe R&D du Cerfav travaille également sur la production d’outils tangibles qui peuvent servir à s’entraîner à reproduire les gestes artisanaux en phase d’apprentissage. Les ingénieurs réfléchissent à la réalisation d’un environnement VR destiné aux apprentis souffleurs, dans lequel ils pourront s’exercer à maintenir la masse de verre centrée sur la canne de manière ludique.
La création d’un contrôleur, sorte de pseudo-canne, est à l’étude. Tout l’enjeu est de reproduire les sensations haptiques ressenties lors de la pratique du soufflage : vibration, température, poids du verre en bout de canne.
Des enjeux forts pour la transmission
La richesse de ce groupe de travail pédagogique réside dans la synergie qui naît d’une grande variété des positions des membres : artisans, créatifs et designers ; développeurs, ingénieurs et experts en gestion et modélisation de données ; ingénieurs pédagogiques et enseignants ; acteurs des organismes structurant de la formation – professionnelle et initiale ; acteurs économiques de l’artisanat.
Les débats se sont animés tout au long de ces trois journées. Cela a permis de remettre au centre la question de la place attribuée à l’apprenant au sein des dispositifs. Ces derniers devront garantir une continuité dans la transmission de savoir-faire manuels, mais aussi une prise en main adaptée et adaptable à des terrains très divers – de l’atelier comptant quelques personnes à une grande manufacture – du travailleur indépendant à l’acteur de réseaux d’ampleur, comme l’industrie du luxe par exemple. Les artisans accomplis ou en formation peuvent tour à tour occuper ces positions aussi diverses dans un secteur des métiers d’art à l’articulation sociale, économique et culturelle complexe.
Tous – membres du projet Re-Source comme futurs bénéficiaires – convergent vers la préservation de métiers rares et de savoir-faire d’exception en s’adaptant aux usages numériques actuels.

